« L'amour dissimule notre véritable nature, comme le soleil cache la lune. »
Tout avait commencé un jour de pluie, une pluie diluvienne. Je marchai dans les grandes rues de Yokohama. Je n'avais pas de parapluie, sentir les gouttes d'eau glacées sur mon visage était un vrai bonheur. J'avais rendez-vous avec la nouvelle recrue de notre agence. Une nouvelle mannequin pour la collection automne-hiver. Enfin ça, ce n'était qu'un motif valide pour cacher la véritable façade de sa venue. Car cette femme était un contact venant directement d'une mission ultrasecrète à long terme qui se passait en France.
La pluie se fit de plus en plus forte et la grêle finit par arriver. C'est vrai, l'automne prenait fin... Je n'avais même plus la notion du temps tellement mes préoccupations tournaient autour de mon travail.
Je serrai un peu plus mon écharpe autour de mon cou et refermai mon long manteau noir. Heureusement, le café où l'on s'était donné rendez-vous n'était plus qu'à deux minutes en courant mais vu le monde marchant à mes côtés, je ne pouvais me le permettre. Au retour, je prendrais un taxi.
Quand l'enseigne du lieudit se dressa devant moi, je courus jusqu'à la porte et l'ouvrit assez violemment, ce qui me valu le regard interrogateur d'une serveuse et de certains clients, outrés. Quand je fus sûr de ne pas avoir été suivi, je pus enfin poser mon regard sur la table à côté de la grande fenêtre donnant sur la rue. Et quelle fut ma surprise en remarquant qu'elle était déjà là ! On ne pouvait pas l'ignorer, une longue chevelure rose pâle (sûrement une coloration) tombait jusqu'au niveau de ses omoplates.
Je ne pus m'empêcher d'imaginer son visage. Assez angélique, peut-être...
«
Sakura Haruno ? »,risquai-je.
La jeune femme se retourna vivement et je ne m'étais pas trompé, son visage était beau. Elle se leva avec souplesse et je pus remarquer qu'elle n'était qu'à peine plus petite que moi. Ses deux yeux couleurs pomme et café pétillaient de curiosité, un nez fin, une peau blanche, des lèvres exprimant un sourire chaleureux et surtout un corps attirant, rehaussé de talons hauts noirs vernis avec quelques nuances de rouge et habillé avec classe et simplicité : Un pantalon gris clair, un simple pull noir et une simple veste de la même couleur que son bas. Elle était belle. Vraiment.
«
Enchantée, monsieur, je suis le nouveau model pour votre prochaine collection, dit-elle tranquillement.
- Je sais. »
Elle jouait très bien la comédie puisque certain clients nous regardait avec insistance. Nous nous assîmes en même temps et je pus remarquer que son regard vagabondait un peu n'importe où, là où bon lui semblait. Comme si elle n'en avait parfaitement rien à faire de ma visite.
Et je fus agacé. Mais là aussi, ça ne devait être que de la comédie.
«
Mademoiselle ? Il faut que vous me remplissiez cette fiche pour que je puisse avoir tous les renseignements possibles et que mon patron ne soit pas déçu. »
Et elle l'avait très bien compris, cette phrase était à double sens.
«
Oh ! Bien sûr... »
Je lui tendis une fiche, quoi de plus normal ? Sauf que celle-là était en même temps une feuille d'embauche quoi de plus banal et un test psychologique.
Et au fur et à mesure qu'elle avançait (à une vitesse vertigineuse) dans les questions, son sourire s'amincissait ou s'agrandissait.
Pour me détendre de cette mimique, je toisai les gens un par un assis dans cette salle. Et je pus remarquer qu'un ou deux nous regarder assez bizarrement... Reportant ma main instinctivement dans la doublure de mon manteau, je pus sentir mon revolver.
Après un quart d'heure, elle rendit le bout de papier, je vérifiai ses dires et constatai qu'ils étaient parfaitement justes. En tout cas, si elle jouait la comédie, elle la jouait parfaitement bien !
Je bus la dernière gorgée de mon café encore chaud et la mousse de la boisson se colla délicatement sur ma lèvre supérieur que j'enlevai d'un coup de serviette. La jeune femme eut un faible sourire dont je ne compris aucunement le sens.
«
Suivez-moi, répliquai-je d'une voix monotone. »
Elle se leva –toujours aussi svelte-, épousseta son haut –impeccable-, attrapa d'une main agile son manteau noir et enlever les deux ou trois mèches de ses cheveux soyeux qui étaient sous le tissus. Elle noua une grosse écharpe de laine rouge autour de son cou et prit son parapluie pour ensuite sortir de ce petit bar que je trouvai de plus en plus médiocre.
Un taxi arriva à notre hauteur et nous nous engouffrâmes dedans, frigorifiés aussi bien l'un que l'autre. Le trajet se passa dans un grand silence, ce qui ne me dérangea pas et, à priori, elle non plus. Quand j'aperçus le Q.G, je me détendit un tout petit peu tandis que, elle, se crispait comme si elle voyait son ennemi juré au carrefour de la grande avenue.
« Et je n'avais pas compris pourquoi, à ce moment-là, cette femme aussi parfaite soit-elle, avait relâché son attention... »
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TERMINE